Bouillon, cité médiévale millénaire

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Une histoire

de géographie

Perché sur trois promontoires rocheux qui dominent la Semois et la ville, le château fort de Bouillon est réputé être le vestige le plus ancien et le plus fascinant de la féodalité en Belgique, avec son labyrinthe de passages et ses vastes salles voûtées. Au-delà du carcan militaire, Bouillon n’est pourtant pas une simple place forte. Entre velléités indépendantes, entreprises étrangères pour la mettre sous son contrôle et des changements liés à la révolution française, son histoire est l’image des aléas qui ont façonné le territoire belge en constante construction.

 

 

Derrière les tentes assemblées en pêle-mêle à l’occasion des fêtes médiévales, les spectateurs ignorent peut-être les nombreux siècles qui nous séparent des premières pierres entassées çà et là. En effet, les premières fortifications de la ville auraient été érigées dès le VIIIe siècle. Sa renommée fut grandement accrue par Godefroid de Bouillon, chef de la première croisade en 1096 et gardien du Saint-Sépulcre, qui hypothéqua le château auprès de l’archevêché de Liège pour financer son expédition en Terre Sainte.

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Festivités modernes

Les joutes de béhourd (* sport de combat en duel ou en équipe) proposées en ce dimanche ensoleillé donnent le ton : l’imagerie médiévale n’a de cesse de se réinventer à notre époque moderne et fascine immédiatement le public présent. Mais que sait-on exactement de son organisation sociale ?

 

Entre le XIe et le XIVe siècle, le système féodal s’instaure progressivement dans la région wallonne. Les anciens comtés issus de l’ère carolingienne évoluent en principautés où le pouvoir est transmis de manière héréditaire. Ces principautés comprennent les comtés de Hainaut et de Namur, les duchés de Brabant, de Luxembourg et de Bouillon, ainsi que la principauté-abbaye de Stavelot-Malmedy.

Pour atteindre le sommet des fortifications de Bouillon, il faut s’en donner la peine. Aux abords de la ville, un escalier sinueux nous permet de grimper un des promontoires rocheux. Lieu hautement stratégique, il sera ainsi très convoité au fil des siècles.

Situé à une distance considérable de Liège, Bouillon maintiendra une identité distincte, avec ses propres lois et coutumes, sa monnaie et ses cours de justice souveraines. Le petit duché aspire à être respecté par le prince-évêque. Le système où un gouverneur est désigné par l’évêque pour gérer l’administration permettra l’émergence d’une importante famille seigneuriale, les La Marck, au XVe siècle.

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Forteresse inébranlable

Depuis toujours, le site de Bouillon a été prisé pour sa grande importance stratégique. On trouve référence à un premier château à Bouillon dès l’année 988. Quant à la construction de la seconde forteresse, elle fut lancée sous le règne du duc Godefroid de Bouillon, qui régna de 1061 à 1100.

 

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Spectacle haut en couleur

En guise d’avertissement à ces festivités, des personnes costumés s’acheminent fébrilement vers les hauteurs où se pressent le gros de la troupe. Forges improvisées, stands d’artefacts et colifichets de toutes sortes se mêlent au flot ininterrompu de touristes.

Si notre regard se porte un peu plus bas pour contempler notre progression, on y aperçoit la Semois qui décrit un large méandre à cet endroit, entourant un imposant promontoire naturellement protégé par des falaises rocheuses et par les eaux larges de la rivière. Le passé semble ressurgir à chaque bosquet.

Fil historique

Occupé dès le IIe siècle avant Jésus-Christ, le site comprend également le plateau de la Ramonette, situé à quelques centaines de mètres du château actuel et culminant à 300 mètres d’altitude. Ce plateau fut rapidement investi et servit de base, durant le Moyen Âge, à une première fortification sous forme d’une motte castrale, érigée pour protéger le château. Cette structure, connue sous le nom de tour de Beaumont, fut définitivement démantelée en 1141.

 

Le château et ses dispositifs de défense ont connu une évolution continue jusqu’au XVIe siècle. Devenus ducs de Bouillon, les princes-évêques se sont appliqués à perfectionner cet appareil de guerre destiné à protéger le sud de leur territoire contre les incursions du royaume de France et du duché de Luxembourg. La configuration du site a été profondément altérée à cette époque, entraînant la disparition des éléments anciens. Contrairement à ce qui est largement supposé, le château ne conserve donc aucun vestige de l’époque du célèbre Godefroid de Bouillon.

Au détour de colonnes d’arbres qui offrent un répit mérité face à une chaleur accablante, de sympathiques érudits au pied de tentes et chapiteaux nous retracent en quelques minutes des anecdotes, tantôt sur la fabrication d’une épée de la première croisade, tantôt sur les affrontements avec les Sarazins, pour mieux nous mettre en situation – si cela n’était pas encore suffisant. Tout est à replacer naturellement dans son contexte. Les constructions d’époque nous interpellent également.

À l’exception d’une partie d’une tour, peut-être d’origine médiévale, les structures visibles aujourd’hui ne datent pas d’avant le XVIe siècle. Les constructions médiévales ont en effet subi les ravages du siège mené par Charles Quint en 1521.

 

Godefroid de Bouillon

Sans peur et sans reproche ?

L’Histoire ne s’arrête évidemment pas là. Notre voyage, par contre, touche à sa fin. Mais alors qu’il fallait rebrousser chemin, une statue élégante se dresse sur le passage. Le fameux Godefroid de Bouillon et sa statue – bien que moderne en fut miraculeusement sauvée. Façonnée en terre cuite en 1938, elle est installée à l’une des entrées du Pont de Liège. La cérémonie d’inauguration, le 25 juin 1939, est organisée avec faste, en présence de la duchesse de Vendôme (sœur du défunt roi Albert Ier).

 

Cependant, quelques mois plus tard, lors de l’invasion allemande en mai 1940, le Pont de Liège est anéanti. Par un heureux hasard, la statue est épargnée par les bombardements. À la Libération, il est décidé de ne pas la replacer sur le pont reconstruit. La statue de Godefroid de Bouillon est érigée sur un contrefort, à quelques mètres de l’entrée du château. Son socle est réduit au minimum, mais bénéficie de la pente du contrefort pour conserver le caractère dominant imaginé par le sculpteur. La statue de Demanet, dépourvue de cheval, de cotte de mailles, de heaume, d’épée, de couronne ou de drapeau, se présente plutôt de manière solennelle, presque religieuse, en partie cachée ou protégée par un grand bouclier.

Sources et informations

Toutes les photographies et vidéos appartiennent à H&O.

Informations "Sur les traces de Godefroid de Bouillon en Belgique" de Jean-Michel Bodelet