Carlo Collodi, l’homme derrière Pinocchio

David

Carlo Collodi, l'homme derrière

Pinocchio

Dans la première version de Pinocchio, la marionnette en bois meurt en homme pendu à un arbre.

Carlo Collodi (1826 – 1890) n’a pas seulement insufflé la vie à une grande œuvre, il y a aussi saupoudré la politique de son temps, entre corruption et mensonge.

Même si vous n’avez jamais lu l’histoire de Pinocchio, les grandes lignes sont connues de tous : le récit d’un morceau de bois sculpté en marionnette qui se rebelle contre l’autorité des adultes, et dont le nez pousse lorsqu’il dit des mensonges.

Son objectif : devenir un être en chair et en os. Pour ce faire, la marionnette a besoin d’un auteur.

Ça tombe bien, à Florence, un garçon vient de naître en 1826 avec déjà un premier mensonge : il ne s’appelle pas Collodi mais Lorenzini. Le nom de plume viendra plus tard.

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Des autrichiens et des Italiens

Issu d’un milieu populaire, Carlo connaît la pauvreté. L’élève est un flemmard patenté. À 17 ans, il travaille dans la fameuse librairie Piatti de Florence, comme commis.

De fil en aiguille, il s’insère dans le milieu journalistique.

Lors du Risorgiamento (première guerre d’indépendance), il s’enrôle dans un bataillon de volontaires et affronte l’occupant autrichien.

L’insurrection est un échec, le maître autrichien impose la censure et la police. Lorenzini continuera alors à publier, anonymement, dans de nombreux journaux et adopte en 1856, le pseudonyme de Collodi.

De 1860 à 1865, il passe de dramaturge à la critique de théâtre et s’insurge contre la comédie qu’il juge décadente.

Il fréquente les peintres et caricaturistes florentins. Sa plume mordante met à l’amende l’unité italienne, le gouvernement et la bourgeoisie.

Collodi, un auteur en vue

Carlo Collodi finira par diriger Lo Scaramuccia dans lequel il s’identifie au personnage de Scaramouche de la Commedia dell’arte et milite pour l’émancipation et l’éducation du peuple.

En 1871, l’Italie est unifiée. Cependant, Florence est éclipsée par Rome, devenue la capitale.

Collodi, largement connu, est considéré comme le dépositaire de la langue toscane. Il est dès lors chargé d’un travail sur la langue et de la mise en place d’un dictionnaire.

Que de chemin parcouru pour le petit commis. Mais pour l’heure, Pinocchio y est absent.

Pour éveiller une conscience nationale, l’éducation doit être la clé de voute. Il souhaite élever le niveau culturel du pays – le pays compte alors 78% d’analphabètes.

Il s’attelle à la traduction en italien des Contes de Charles Perrault auxquels s’ajoutent d’autres contes.

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La Storia di un burattino

En 1881, à l’âge de 55 ans, il accepte une commande du journal Giornale per i bambini, pour un feuilleton écrit.

Nous y voilà. La Storia di un burattino, l’histoire du patin, prend enfin corps. Le récit se termine mal – le pantin meurt pendu à la branche d’un grand chêne.

Des lecteurs mais surtout des parents écrivent pour protester. Collodi doit donc sauver Pinocchio et lui inventer de nouvelles aventures.

Après une série d’épreuves cruelles, la Fée bleue lui inculque une bonne morale et le change en ragazzo perbene (en garçon pour de bon).

L’éventail et l’ampleur des lectures critiques ont été stupéfiants, allant de la psychanalyse au structuralisme.

Le récit sera lu, entre autres, comme un anti-conte de Cendrillon, une parodie de l’histoire de l’enfance, voire une incarnation du caractère national italien.

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Une histoire loin d'être enfantine

Politique et éducation

L’agitation sociale et politique qui caractérise le Risorgimento, ainsi que la volonté patriotique de
la volonté patriotique de “créer des Italiens” presque ex novo, s’est accompagnée d’une réforme
d’une réforme éducative et pédagogique tout aussi dynamique.

De sa position centrale de la culture, Florence est devenue un centre important de l’industrie de l’édition en Italie.

Ce contexte éducatif libéral est à l’origine de la genèse de Pinocchio et constitue le premier noyau de la littérature enfantine en Italie.

Cette vague de réformes sociales est à la base du chef-d’œuvre de Collodi. L’aventure de Pinocchio trahit l’inquiétude de l’auteur face à la misère, à l’analphabétisme et à la faim qui sévissent dans une société qui subit le joug de la tyrannie.

Toile de fond

Dans le texte de base, les personnages humains, ainsi que la plupart des animaux, sont dépeints comme corrompus. Les contadini [paysans] sont vicieux, à la limite du criminel.

Le monde dans lequel évolue Pinocchio n’a pas pour toile de fond un monde pastoral ou rural idéalisé, mais un monde précaire, utilitaire et impitoyable, où rien n’est gaspillé.

Le juge qui confronte Pinocchio lors de son procès est un gorille. Les médecins qui traitent Pinocchio, sans parvenir à le guérir, sont des oiseaux de proie inefficaces qui rappellent les personnages des contes d’Esope.

Pinocchio est l’incarnation de l’affamé et du démuni, le plus souvent victime de sa propre honnêteté
et d’une structure sociale cruelle et inégale. L’aventure de Pinocchio est parsemé de leçons de morale : la marionnette doit apprendre à être frugal,
honnête et véridique.

De la même manière qu’une Italie unie doit être prête à travailler dur et à faire des sacrifices pour atteindre le bien commun.

La marionnette elle-même pourrait bien être une métaphore de l’Italie : une Italie rebelle, encombrante et récalcitrante.

"Prouve-moi que tu es brave, toujours franc, loyal et obéissant, et un jour, tu deviendras un vrai petit garçon."

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