Franchir le Rubicon, le pari de César

David

Franchir le Rubicon

Le pari de César

« Franchir le Rubicon. »

L’expression est parfois entendue quand un journaliste parle d’un politicien.

A l’origine, il s’agit d’un acte illégal qui amena la guerre civile à Rome. Jules César, en traversant le fleuve, va réussir à transformer l’acte comme une action légale.

FI1oxs2WUAQpNOo

D'emblée une particularité saute au yeux quand on lit le passage dans le Bellum Civile de César : à aucun moment le nom du Rubicon n'y apparaît. Ce qu'il dit, c'est qu'il part avec sa légion pour Ariminum (Rimini), la première ville de l'autre côté de la frontière.

Le lecteur n'est donc pas informé qu'ils (César et sa légion) traversent le Rubicon.

La loi de Rome interdit à quiconque de franchir ce fleuve avec une armée, sauf autorisation expresse du Sénat. Le fleuve était alors la limite de la province de Gaule Cisalpine. C'est un acte clair de rébellion.

LocationRubicon

Pour qui César écrit-il ? Pas pour les légionnaires romains, le 4/5 du texte est consacré à des considérations politico-historiques. Une courte partie est réservée à l'harangue aux soldats, une coutume banale pour ce genre de "commentaires historiques".

Dans les faits, César détourne l'attention de son geste.

Il noircit les torts de Pompée, son adversaire, et ses affiliés. En outre, le Sénat a remis en cause l'inviolabilité des Tribuns de la Plèbe.

Pour César, le Sénat et Pompée ont ainsi instauré des mesures illégales.

Rivalité et opposition

Le Sénat avait auparavant ôté à César son commandement militaire sans la possibilité de se défendre et désigné son successeur.

César va habilement se servir de ce fait à son avantage. Avant même de parler comme étant “agressé”, il interpelle le Sénat sur ses torts légitimes.

D’abord, nous l’avons vu, la légalité des Tribuns est bafouée, insiste-t-il.

Ensuite, sur le plan religieux, César en tant que Grand Pontife, condamne les vœux faits au Capitole par des magistrats qui, selon lui, ne sont pas conformes.

La légalité républicaine est compromise, il est donc dans son droit, dit-il.

Il retourne l’image de Pompée, ancien restaurateur de la liberté républicaine, en le faisant passer pour un tyran. Pompée a annulé son œuvre passée, poursuit-il dans le texte.

Qui a raison ?

Pompée n’a pas tout les torts qu’il lui a affublés. L’expulsion des Tribuns n’est pas de son fait.

D’ailleurs, César et le Sénat jouent sur les mots : les Tribuns ne sont pas molestés mais expulsés, ce qui n’est pas une atteinte à leur inviolabilité.

test

La traversée du Rubicon se fait donc discrètement, autant dans la réalité que dans les mots. César doit préserver le secret et créer l'effet de surprise. Sa troupe, si on en croit Lucain, se veut d'abord hésitante et n'est pas aussi enthousiasmée que César le décrit.

FI1oxs2WUAQpNOo

Un dernier mot sur la date. Est-ce le 10, le 11 ou le 12 janvier 49 avant J.-C. ? En fait, l'incertitude du jour est liée à César et au fait de préserver le secret. Cicéron et de Salluste indiquent le 11, Suétone et Plutarque penchent pour le 12.

Par omission et glissement de la date, ainsi que de légères transformations historiques, César apparaît comme le champion de la légalité et non un rebelle, renvoyant au Sénat et à Pompée le motif dont il est accusé. Brillant politicien, César remporte la partie.

Pour suivre d'autres publications :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *