Le 4 septembre 476, l’empire romain d’Occident cesse d’exister… L’empereur Romulus Augustule, quatorze ans, doit se démettre des marques de sa dignité, les “insignia imperii”, dont le manteau de pourpre, symbole du pouvoir. Ils furent apportés à Constantinople par une délégation de sénateurs romains.

Que nous disent les commentateurs de cette époque ? Entre effroi et stupéfaction, voici quelques extraits tirés des plus éminents témoins du IV au Ve s. après J.-C.

Sur la mentalité (d’une partie) de la population

« Qu’arrive-t-il ? Le peu de maisons où le culte de l’intelligence était encore en honneur sont envahies par le goût des plaisirs, enfants de la paresse. Les chanteurs ont chassé les philosophes […] On mure les bibliothèques comme les tombeaux. L’art ne s’ingénie qu’à fabriquer des orgues hydrauliques, des lyres colossales, et autres instruments de musique gigantesques pour accompagner sur la scène la pantomime des bouffons. Étrange engouement que celui de tout un peuple respirant à peine dans l’attente du résultat d’une course de chars […] pour eux le grand cirque est le temple, le foyer, le centre de réunion. » (Histoire de l’Empire Romain: Res gestae: La période romaine de 353 à 378 apr. J.-C.)

Ammien Marcellin (330 env.-env. 400)

Être Romain ou ne pas être

« Ce titre de citoyen romain, autrefois si estimé (…), on le répudie maintenant, et on le fuit ; on le regarde non seulement comme vil, mais comme abominable. »

« On prévoyait l’esclavage et on ne le craignait pas. La crainte avait été retirée à ces pécheurs pour leur interdire toute précaution. Aussi les Barbares avaient beau se trouver pour tous déjà presqu’en vue, tous les citoyens étaient sans terreur et les villes sans défense. L’aveuglement des esprits (…) était tel que si personne, assurément, ne voulait périr, personne cependant ne faisait quoi que ce fût pour éviter la destruction. L’insouciance et la paresse, la négligence et la goinfrerie, l’ivrognerie et la torpeur régnaient partout (…). Le sommeil s’était répandu sur eux pour que la mort s’ensuivît. » (Du Gouvernement de Dieu, VI, 80-81 (t. II, p. 412-415)

Salvien de Marseille (400 – 490)

Influences barbares

Une loi de 397 interdira le port du pantalon dans la ville de Rome (code théodosien, XIV, 10, 2 ; 7 avril 397)

Interdiction du port du costume de barbare en ville (manteaux de fourrure, cheveux longs, pantalons) par les édits d’Honorius (fin du IVe – début du Ve siècle).

Les propriétaires terriens mette,t le tiers de leurs maisons et de leurs écuries à la disposition des soldats barbares qui assurent “leur protection”. (code théodosien, VII, 8, 5 ; le 6 février 398)

Cohabitation

« Comment veux-tu que je compose un chant d’hymen, entouré que je suis de ces troupes aux longs cheveux et assourdi des sons rauques de leur langue ? J’entends les chants du Burgonde aviné et ma veine poétique se glace. Ma Muse ne sait plus faire des vers de six pieds depuis qu’elle voit des protecteurs qui en ont sept. Tu es heureux de ne pas sentir dix fois chaque matin leur odeur d’ail ; car dès le point du jour, ils viennent nous saluer, ces géants, comme si nous étions leur grand-père. » (Carmen XII, 119 – t. I, p. 103-104)

Sidoine Apollinaire (431/32 – 487)

——————-

——————-

N.B. : Toutes ces citations ne représentent pas une indication complète et élaborée des soubresauts de l’empire romain d’Occident. Ces extraits indiquent un point de vue. Libre au lecteur de s’en affranchir et/ou d’explorer en long et en large le sujet.

Pour en savoir plus

Histoire du déclin et de la chute de l’empire romain: Rome de 96 à 582, Edward Gibbon

La chute de l’Empire romain, Max Gallo