Au XVIIIe siècle, un ministre de Louis XV envoie deux abbés à Constantinople pour recueillir des manuscrits grecs. En Grèce, l’abbé Michel Fourmont va récolter des inscriptions, mais aussi procéder à des destructions et des mystifications… Récit d’un charivari.

L’archéologie dans son acceptation moderne était alors balbutiante. Le 28 août 1728, le ministre Maurepas envoie les abbés Sevin et Fourmont à Constantinople. Là-bas, les désillusions sont nombreuses. Fourmont décide donc d’aller avec son neveu dans les archipels grecs.

Il ne trouvera pas non plus les précieux manuscrits mais durant 2 ans (1729-1730), en passant par Athènes et dans tout le Péloponnèse, Fourmont enverra régulièrement des lettres pour informer son commanditaire.

Les prétendus documents découverts à Sparte seront des faux, et pour éviter un fiasco total, il va enjoliver ses recherches. Du faste des rois (sic) aux origines de Sparte, l’ensemble étonne pour ne pas dire plus.

 

Si l’abbé Fourmont a recopié soigneusement les inscriptions sur des reliefs, il va travestir des artefacts : des sandales, boite à parfums et du mortier deviendront une preuve de sacrifices humains. Ceci-dit, il a tout de même reproduit de nombreuses inscriptions, elles, bien authentiques.

Dans sa correspondances “Missions archéologiques françaises en Orient aux XVIIe et XVIIIe siècles” (doc. publiés par Henri Omont en 1902), il indique clairement son procédé : « Depuis plus d’un mois […] je travaille avec 30 ouvriers à la destruction de Sparte. »

« C’est une carrière de marbres que je dois fouiller sans scrupule. Si en renversant ses murs et ses temples, si en ne laissant pas une pierre sur une autre […], son lieu sera dans la suite ignoré. Je n’avais que ce moyen là pour rendre illustre mon voyage de Morée qui aurait été sans cela tout à fait inutile, ce qui ne convient point ni à la France, ni à moi. »

 

Il ajoute :

« J’en suis si persuadé que Sparte est la 5eme ville de Morée que j’ai renversée. »

Le contexte de la Grèce à cette époque est particulier. Sous domination ottomane, les lieux sont délaissés par les locaux. La peste sévit, les Anglais tentent également des repérages (d’où la précipitation) et les conditions de travail sont difficiles. Il faudra attendre le XIXe siècle et notamment l’École française d’Athènes pour commencer tout doucement à penser la Grèce antique sous un jour nouveau.

Sources et références

– Missions archéologiques françaises en Orient au XVII/XVIIIe : https://c.bnf.fr/MmI et Recueil d’inscriptions grecques : https://c.bnf.fr/MmL (via la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France)
– Illustration “Coupe laconienne” : https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/coupe-laconienne-figures-noires

Pour aller plus loin

– Archives HAL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01467397/document