La bataille de Zappolino, qui s’est déroulée le 15 novembre 1325 en Italie, est facétieusement nommée la « guerre du seau ». En effet, un seau en chêne a été, dit-on, le déclencheur d’un conflit entre deux cités italiennes. Est-ce vrai ? Découvrons-le.

En 1325, l’affrontement entre les villes-états rivales de Bologne et de Modène (Émilie-Romagne, dans le nord de l’Italie) a été provoquée lorsque des soldats de Modène ont volé le seau dans un puits de la ville.
D’abord, contextualisons : cette bataille s’inscrit dans le long conflit entre les Guelfes et les Gibelins, une lutte fratricide qui a duré plus de 300 ans. Les Guelfes soutiennent la papauté ; les Gibelins, quant à eux, suivent le parti de l’empereur (cf. Saint Empire romain germanique).
La lutte initiale est née avec la controverse de l’Investiture, commencé en 1075, et terminée avec le Concordat de Worms en 1122. Au cours des XIIe et XIIIe siècles, la rivalité entre ces deux partis a constitué un aspect important de la politique intérieure de l’Italie médiévale.
La division entre les Guelfes et les Gibelins en Italie, alimentée par le Grand Interrègne impérial, a persisté jusqu’au XVe siècle. La bataille s’inscrit dans la série de raids et de représailles entre les deux villes.
Lors de la Bataille de Zappolino, une rencontre exceptionnellement importante pour les contemporains s’est esquissée entre une cavalerie estimée à 4000 et quelque 35 000 fantassins. 2000 hommes ont perdu la vie. La cité de Modène en ressortira victorieuse.
Mais d’où vient ce seau dans l’histoire ? Ce sceau, supposé être la graine du conflit, est conservé jusqu’à ce jour dans les archives de la cathédrale de Modène et aurait été prise aux habitants de Bologne lors d’une bagarre qui s’est produite devant la porte de San Felice.
Les “Rerum Italicarum scriptores” (recueils de textes et sources littéraires) en témoignent. Il est pourtant peu probable qu’un ustensile aussi commun ait été préservé avec autant de soin pendant autant de générations si une histoire merveilleuse n’était pas attachée à son premier dépôt.
Le seau a été (selon les récits populaires) accaparé comme trophée par Modène après la guerre pour, en quelque sorte, se moquer d’eux. Mais la raison réelle pour laquelle Bologne a déclaré la guerre à Modène est la capture du château de Monteveglio à Bologne. Mais cette explication n’est pas encore suffisante.
Le vrai larron de l’histoire est Alessandro Tassoni (1565 – 1635). Ce poète satirique a créé La secchia rapita (aka Le seau volé), un faux poème épique basé sur un événement réel, la guerre du seau. Il raconte le conflit susmentionné pour la possession d’un seau en bois.
John Ozell a traduit le poème en 1710 sous le titre The Trophy Bucket (Le seau du trophée). Saisissant l’occasion, Edmund Curll a réimprimé cet article en juin 1713. Enfin, La secchia rapita” est également le nom d’un opéra comique de Salieri, créé à Vienne en 1772 .
La guerre du seau est donc née ainsi. Mais le seau que l’on peut voir Ghirlandina (cathédrale de Modène) est une copie. Le vrai seau en bois et en fer d’origine est conservé au Palazzo Comunale, dans le “Camerino dei Confirmati”, au centre des salles historiques.

Sources et références

Documents : Rerum Italicarum scriptores

Pour en savoir plus

La cité-État italienne du Moyen Âge. Culture et liberté : https://journals.openedition.org/medievales/4403

L’Italie médiévale, hégémonies sociales et structures du pouvoir, de Giovanni Tabacco.