Le Japon au défi de l’occidentalisation

David

Le Japon au défi de l'occidentalisation

Une ère révolue

Comment ce pays sans ressources naturelles s’est-il hissé aussi vite parmi mastodontes européens ?

Dans son livre “Quand l’Occident s’empare du monde”, Maurice Godelier en dresse les raisons.

Imiter pour dépasser

 

La révolution Meiji va s’ingénier à imiter les bases du système capitaliste de l’Occident, instrument de puissance des nations européennes.

Dans le but de s’industrialiser, plusieurs conditions ont dû être réunies. Dans un premier temps, les Japonais ont acheté leurs technologies.

En acquérant le savoir des techniciens européens, fort bien rémunérés, et en envoyant plusieurs milliers d’étudiants en Europe et aux États-Unis.

Un siècle plus tard, Deng Xiaoping s’initiera sur le même chemin pour propulser la Chine vers le capitalisme.

Vassalité à la japonaise

Tout comme en Europe lorsque les paysans sont partis des campagnes pour travailler dans les usines en ville, le Japon a appliqué à la lettre cette idée : une main-d’œuvre ouvrière s’est déplacée auprès des lieux de production.

Cela a impliqué une réorganisation du mode de vie japonais. Cependant les Japonais étaient viscéralement attachés à leur terre et aux seigneurs/propriétaires.

Pour mener à bien ce “détachement”, une réforme agraire a mis fin à la propriété dite “aristocratique” du sol qui permettait aux paysans de devenir propriétaires de la terre qu’ils ont cultivé. Par ailleurs, le fait de la vendre ou même de la quitter leur en était désormais interdit.

En parallèle, l’État japonais va créer, en 1871, une nouvelle monnaie qui est toujours en application : le yen.

L’année suivante, les premiers grands investissements industriels comme les chantiers navals, les aciéries, les cimenteries, les chemins de fer ou encore les moyens de communication (cf. le télégraphe) vont se déployer à travers tout le pays.

Véritable Béhémoth, ce programme d'investissement se traduira par une nouvelle fiscalité qui pèsera lourd sur le dos des paysans. Nombre d'impôts se faisaient en nature, l'arrivée du Yen chamboulera durablement les habitudes japonaises.

Hormis l’armée et la marine, l’État japonais va transférer, après quelques années, ces nouveaux fleurons à des groupes privés.

A l’image de cartels allemands, des groupes industriels et financiers se composent et forment au sein desquels une poignée d’individus en ont les commandes. Il s’agit des anciens seigneurs, dits daimyos, de l’époque d’Edo, ainsi que la noblesse de riches marchands qui vont constituer les élites des entrepreneurs capitalistes.

Entre temps, une mission envoyée en Europe en 1871 va changer à jamais l’histoire du Japon.

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Le 23 décembre 1871, le Japon, bien conscient de son retard sur le monde, lance la mission Iwakura. L’ambassade est composée de représentants du gouvernement Meiji et des étudiants triés sur le volet.

Le chef de mission s’appelle Iwakura Tomomi. Avec lui, plus d’une centaine d’individus (dont des personnalités influentes comme Kido Takayoshi et Ôkubo Toshimichi) vont analyser, rapporter et synthétiser un maximum d’informations. Destination : les États-Unis, Chine et surtout l’Europe.

Par monts et par vaux, ce n'est pas moins de cent-vingt villes répartis sur douze pays qu'ils visiteront. Tout est une source de curiosité : le transport, l'industrie, l'éducation ou encore la religion. Les USA ne constitueront pas un exemple à suivre. Une superficie bien trop étendue ainsi qu'une implantation occidentale bien trop jeune ; les conditions n'y seront pas favorables.

La Russie semble dépassée avec leur système politique, et les petits pays comme la Belgique ou encore les Pays-Bas sont, dans ce cas-ci, d’une envergure lilliputienne quant aux ambitions japonaises.. La France, quant à elle, a connu les affres de la Commune et de la guerre perdue face à une autre puissance conquérante qui aura toute leur attention. En effet, l’Allemagne victorieuse de Bismarck les impressionne.

État-nation

Cependant, une nation va davantage leur correspondre : la Grande-Bretagne. Les chemins de fer, les ateliers, les mines de charbon, les usines de confiserie à la bière, etc. Une révolution industrielle à grande échelle a donné à l’Angleterre une puissance non négligeable.

Entre romantisme et pragmatisme

 

Ils découvrent également une société occidentale loin d’être idyllique avec des conditions de vie très dures dans les quartiers défavorisés. Mais qu’à cela ne tienne, le système allemand et l’efficacité anglaise ont leur préférence.

La rencontre du Troisième type

Une autre découverte sera essentielle : le christianisme. Pilier spirituel et éthique en Europe selon eux, ils modèleront cet assemblage délicat avec le système impérial japonais et la religion shintô pour avoir les mêmes résultats.

En Asie, notamment à Sumatra et à Hong-Kong, le sort réservé aux pays colonisés les inquiète. Le commerce de l’opium est le summum du déclin. Garder l’esprit japonais tout en assimilant la technologie occidentale sera donc une ligne de conduite pour le gouvernement nippon.

Une industrie forte et une armée moderne basée sur les standards occidentaux feront d’eux une puissance qui auront un aboutissement tragique à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Une autre page de l’histoire du Japon s’écrira par la suite.

Toutes les informations de cet article provient de l'ouvrage de Maurice Godelier : "Quand l'Occident s'empare du monde (XVe - XXIe siècle)"

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