Alexander Selkirk, le véritable Robinson Crusoé

Origine de Robinson

Publié le 25 avril 1719, le roman de Daniel Defoe s’inspire d’une histoire réelle. Robinson nous parle d’isolement et de notre interaction avec la nature, des notions très contemporaines.

Le capitaine Woodes Rogers, accostant sur l’île Más a Tierra lors d’une expédition transpacifique, découvre par hasard un feu de camp inattendu.Son équipage et lui, intrigués, s’installent alors pour la nuit, sur une île supposée déserte, à 600 km des côtes chiliennes.À l’aube, un homme hirsute, vêtu de peaux de bêtes, émerge de la forêt. Pieds nus, il brandit un vieux fusil rouillé. Un sourire tremblant se devine sous sa barbe épaisse.

Il vacille, marmonne, puis s’effondre sur le sable. Alexander Selkirk était naufragé depuis six ans.

Un Écossais farouche

Alexander, à peine âgé de 20 ans, s’était engagé auprès du célèbre corsaire William Dampier. En 1703, Dampier, à la tête du St George et du Cinque Ports, se lance dans une expédition audacieuse : attaquer les colonies espagnoles d’Amérique et s’emparer de leurs trésors.

Cependant, les assauts contre les navires marchands rencontrés ne rapportent pas les richesses escomptées.Après un an de navigation, le butin est maigre et la situation à bord se détériore. La mauvaise alimentation et les maladies avivent es tensions entre marins et officiers.

Le jeune Écossais, connu pour son caractère impétueux, est en conflit ouvert avec le capitaine Stradling, un homme de cinq ans son cadet mais tout aussi colérique.Alexander, ne pouvant plus le supporter, demande à être débarqué sur une île déserte, au large du Chili.

L’occasion de se ravitailler, de soigner les malades et d’enterrer les défunts.Mais la tension entre les deux hommes, qui se détestent cordialement, atteint son paroxysme. Selkirk, exaspéré, refuse de reprendre la mer et préfère attendre un autre navire.

Une histoire de survie

Stradling fera de son insubordination un exemple.

Pour seul bagage, quelques vêtements, de la literie, un pistolet, des munitions, du tabac, une hache, un couteau, un chaudron, une Bible, des instruments de navigation et une flasque de rhum.

Des marins précédents avaient néanmoins visité l’ île et introduit des chats et des chèvres.

Ces animaux ont aidé Selkirk à survivre : les chèvres fournissaient de la viande et des peaux pour les vêtements, tandis que les chats ont permis de repousser les rats agressifs. Selkirk fabriquait un couteau à partir des anneaux d’un tonneau laissé sur le rivage, cousait des vêtements en utilisant un clou rouillé comme aiguille et chantait des psaumes pour garder sa langue et sa grammaire intactes.

Le coup de génie de Daniel Defoe

Secouru par un heureux hasard, le capitaine du navire a été choqué par l’endurance physique et l’acuité mentale de Selkirk.

En fait, il nomma rapidement capitaine d’un de ses navires et vécu le reste de sa vie comme corsaire et marin. Defoe s’est librement inspiré du récit de l’Écossais. La médiatisation de l’événement sera retentissante. La genèse de Robinson Crusoé est ainsi née.

Le succès du roman sera immense. Traduit en plusieurs langues, le texte inspirera un genre littéraire : la « robinsonnade ». Le récit initiatique à la première personne met en scène l’homme face au retour à la nature. Parsemé de thèmes récurrents du siècle (ethnocentrisme, religion, le voyage comme découverte de soi, etc.), Defoe suit les traces du conte moral accoudé au récit d’aventure.

Le succès du roman sera immense. Traduit en plusieurs langues, le texte inspirera un genre littéraire : la « robinsonnade », à l’instar de L’Île mystérieuse de Jules Verne (1874). Illustrations : Newell Convers Wyeth, Angus MacDonall, Ralph Noel Pocock, Jean-Jacques Grandville.

Histoire & Odyssée