Les ombres de la démocratie athénienne

Démocratie à géométrie variable

Dans la démocratie athénienne, la question de la participation se posait déjà. Au Ve siècle avant J.-C., Athènes cherchait désespérément à encourager les citoyens à prendre part à l’assemblée sur la colline de la Pnyx.
 
L’image d’Épinal de l’Athènes parfaite de Périclès est loin derrière nous.
Persuader les citoyens de prendre part à l’isegoria (la parole égale) était très compliqué. Les fréquentes réunions de l’assemblée (jusqu’à 40 fois par an) entrainaient une forme de fatigue civique.
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La Pnyx se trouvait à une certaine distance du centre de la ville, ce qui pouvait décourager les citoyens vivant plus loin de se déplacer.
En outre, les citoyens athéniens étaient occupés par leurs activités quotidiennes, telles que l’agriculture, le commerce ou l’artisanat.

 

Bien que tous les citoyens avaient théoriquement le droit de participer, en pratique, les citoyens plus riches avaient plus de temps et de ressources pour se consacrer à la politique.
Plus tard, Périclès introduisit le misthos, une indemnité pour les participants, afin de stimuler la participation, mais cela ne résolvait pas complètement le problème.
La Pnyx fut alors agrandie pour contenir jusqu’à 8 500 citoyens (puis 13 000).

 

Aristophane, dans sa pièce “Les Acharniens”, pointait déjà du doigt ce problème où les citoyens se désintéressaient massivement de la Pnyx au profit de l’agora.
Dans son œuvre, des mesures aussi radicales qu’originales furent prises : pour faire face, un groupe d’esclaves parcourait la ville pour ramener les citoyens à la Pnyx à l’aide de cordes teintes en rouge.

 

Une question de hasard

Voici un Klérotèrion, une machine de “tirage au sort” dans l’Athènes de la Grèce antique. Elle permettait de faire participer les citoyens volontaires à la vie politique. Démocratie et tirage au sort ?

Il s’agit d’une plaque de pierre incisée avec des rangées de fentes et un tube attaché. Les jetons de citoyens – les pinakia – étaient placés au hasard dans les emplacements de sorte que chaque membre de chacune des tribus d’Athènes ait ses jetons placés dans la même colonne.

Un tube était attaché, qui pouvait ensuite être alimenté par des dés de couleur différente (supposés noirs et blancs) et qui pouvaient être libérés individuellement par un mécanisme. Cela permettait de choisir les jurés de l’Héliée et de la Boulè parmi les citoyens athéniens.

La Boulè (composée de 500 bouleutes) devait conseiller l’Ecclésia, préparer les lois et contrôler les magistrats. L’Héliée (6 000 héliastes) devait juger les affaires civiles et criminelles. Les institutions comportaient aussi les Archontes, les Stratèges et l’Ecclésia. Le tirage au sort n’est pas né avec la démocratie athénienne. Ce procédé est très ancien et pas seulement caractéristique des anciens Grecs. Elle avait, en autres, une profonde valeur religieuse (de nos jours, on en discute encore de sa portée).

« On admet qu’est démocratique le fait que les magistratures soient attribuées par tirage au sort, oligarchiques le fait qu’elles soient pourvues par l’élection. », disait Aristote (Politique IV. 9)… mais ce n’est pas aussi simple.

Cependant, Périclès, grand stratège et homme d'État athénien, se méfiait des aléas du tirage au sort. Il prenait soin de soustraire certaines charges de magistratures aux hasards. Hors de question de confier l'armée ou la flotte à des amateurs.
Ce privilège du hasard est tout de même possible pour des charges sérieuses comme les problèmes de voiries, d'urbanisme, de contrôle de la prostitution. Le citoyen politisé et volontaire du Ve s. av. J.-C. est bien conscient du poids de ces attributions. Les adversaires de Périclès le critiqueront, dénonçant le fait qu'il voulait "démocratiser les institutions pour accroître son pouvoir". Périclès indemnisera d'ailleurs les citoyens qui exerceront une magistrature.

« Ceux qui flattent le roi, l’abusent, car la flatterie est le soufflet qui fait monter la flamme du péché. Le temps est le maître absolu des hommes ; il est tout à la fois leur créateur et leur tombe, il leur donne ce qu’il lui plaît et non ce qu’ils demandent. » (William Shakespeare)

Toutes les informations de ce fil proviennent, en autres, de l'historien et traducteur Denis Roussel. Informations complémentaires : Jacqueline de Romilly.

En savoir plus : https://odysseum.eduscol.education.fr/i-les-principes-fondateurs-de-la-democratie-athenienne Illustrations : Larousse, Getty images et Photostock.