Les voies ouvertes à l'égyptologie

Collège de France

En compagnie du Collège de France, découvrons les voies ouvertes à l’égyptologie. Deux siècles après Champollion, l’Égypte ancienne fascine toujours et sa manière de l’étudier évolue sans cesse.

“Il fallait reconstituer pièce par pièce, signe par signe, en écriture ptolémaïque, des milliers de fragments au nord-est du temple d’Amon.” C’est un travail de “puzzle” nous dit Laurent Coulon, dans sa Leçon inaugurale prononcée au Collège de France, le 9 novembre 2023.

Emblématique, Jean-François Champollion dévoile les pistes d’évolution de la discipline qu’il est en train de fonder. Il pose ainsi les bases et évalue sa place, qu’il estime centrale, dans le développement du monde occidental.

Une histoire d'apprentissage

Par le lien constant qu’il établit entre l’égyptien hiéroglyphique et ses dérivés hiératique et démotique jusqu’au copte, Champollion donnera ainsi une impulsion décisive à la discipline.

S’en suivra le Prussien Karl Lepsius qui consolidera son héritage. D’éminents spécialistes comme Emmanuel de Rougé et Gaston Maspero définiront respectivement les bases grammaticales de la langue pharaonique et la grammaire vocalique.

Par la suite, Pierre Lacau s’intéressera aux questions de paléographie et de phonétique historique. L’archéologie de terrain tient une “voie royale” dans la discipline.

A l’époque de Champollion, la science balbutie et les pratiques des égyptologues ne diffèrent que peu des chasseurs de trésors. A ce titre, Auguste Mariette institutionnalisera la documentation et l’inventaire des découvertes.

Regard d'Occident et d'Orient

Les tensions diplomatiques et l’amorce de la Première Guerre mondiale allaient faire émerger un mouvement nationaliste égyptien. La crise de Suez en 1956 et les diverses turpitudes internationales mettront un frai à la participation française en Égypte.

Ces dissensions quant à l’apport dit externe à la connaissance de l’Égypte antique convient de refuser les remises en cause stériles de la capacité même de nos disciplines à produire un discours scientifique sur les sociétés qu’elles étudient, nous rappelle Laurent Coulon.

Loin de s’ancrer dans la vision héritée du XIXe siècle, le “décentrement” du regard des égyptologues occidentaux est préféré pour prendre conscience du présupposé du contexte de l’étude. Toute contribution est de toute façon nécessaire pour prémunir de dérives et assurer une réutilisation future des données pour les successeurs.

Il serait toutefois erroné de minimiser l’usage des sources antiques quant à leur capacité à produire une réflexion sur leurs propres pratiques intellectuelles et sociales.

Des textes normatifs comme le Manuel du Temple met en lumière la production de modèles génériques aux rites.

"L'histoire peut sauver le temps de la frénésie du présent."

Par ailleurs, loin d’être homogène, les civilisations voisines de l’Égypte ont également intégré des éléments exotiques dans ses propres représentations, à l’instar des Grecs.

Ces derniers s’approprient aussi les cultes à travers un prisme sélectif.

L’Égypte pharaonique a une durée estimée à 3 500 ans, si l’on mesure son existence par le maintien du modèle du roi-pharaon qui nait à la fin du IVe millénaire. Une interprétation à partir des artefacts comme une situle nous apprend beaucoup sur leur mode de vie et son évolution.

Objet d’étude stratégique, Osiris est un exemple fascinant de ce développement.

 

L'"osirianisation"

Objet d’étude stratégique, Osiris est un exemple fascinant de ce développement.

Osiris naît vers 2350 avant notre ère, essentiellement cantonné au monde funéraire, notamment à Abydos et Bousiris. 2000 plus tard, Osiris est vénéré partout en Égypte, constate Hérodote.

Les égyptiens voyaient en lui le dieu civilisateur par excellence, inventeur de l’agriculture. Figure royale du roi terrestre, devenu souverain du royaume des trépassés après avoir été tué par son frère. Une étroite relation grandira entre son culte et l’institution royale.

La théocratie pharaonique repose sur l’identification du pharaon régnant à l’héritier d’Osiris, Horus. Mais si la sphère funéraire est connu, les cultes rendus à Osiris le sont moins. L’égyptologue doit bien cerner les épiclèses (épithète accolée au nom d’un dieu) du dieu.

En effet, les travaux récents portés sur la religion égyptienne montre que l’épiclèse est fondamental : les dieux se “démultiplient” en des formes particulières (aux cultes différents), coexistent et se concurrencent aussi. Osiris en ressort vainqueur, assimilé au dieu sauveur.

Une histoire d'apprentissage

Quels sont les outils nécessaires à la réussite de l’égyptologue ? La pluridisciplinarité.

Bien loin d’être isolé, il travaille avec de multiples corps de métier : les épigraphistes, les archéologues, les céramologues, les topographes ou encore les restaurateurs.

Les sanctuaires égyptiens étaient peuplés d’images : relief couvrant les parois, statues divines, cryptes, ex-voto, etc.

Pour enquêter l’histoire, au sens hérodotien du terme, la base LEAD (late eygptian artefact database) est essentielle pour analyser et comparer.

Cet article n’aurait pas été possible sans le soutien du Collège de France. Je tiens à remercier Emmanuelle Fleury pour le choix de ce sujet et l’envoi du livre de Laurent Coulon, Les voies ouvertes à l’égyptologie.

Vous pouvez accéder à sa leçon inaugurale du Collège de France sur ce lien ci-dessous :