« La frégate fit majestueusement son entrée dans la baie et pénétra entre deux chaînes de hautes montagnes dont les flancs s'enfonçaient dans la mer [...] la nature y était plus encore sauvage. »
Émile Chevalet
Voyage en Islande (1883)

 

 

Contrée aux origines géologiques particulières, la terre dite de glace et de feu est unique au monde. Née de la divergence entre deux plaques tectoniques, l’Islande est un pays où le relief se mêle à l’histoire.

 
 

À l’échelle de l’Europe, au XVIIe siècle, l’Islande était alors une bourgade. Un pays pauvre composé de 50 000 habitants. Des érudits de Danemark et de Suède ont commencé à étudier les textes islandais médiévaux avec l’aide d’étudiants et de voyageurs islandais.

 

 

Canyon Sigöldugljúfur

L’identité islandaise prend corps avec le Þingvellir, site historique où se tenait l’Alþing, le “parlement” islandais du Xe au XVIIIe siècle, le plus ancien au monde.

 

Situé dans la faille de l’Almannagjá, des assemblées d’importance s’y tenaient régulièrement.

 

Considéré comme l’acte de naissance d’un État embryonnaire, on y retrouvait notamment les goðar (chefs de clan).

 

Il faut toutefois relativiser le mythe d’une démocratie. Système clanique, “les affaires se traitaient entre gens d’importance”, nous dit Régis Boyer.

Émile Chevalet

« Les crevasses qui protègent ce lieu sont si béantes que leur vue donne le vertige, et l’eau claire qui les baigne fait deviner les grottes mystérieuses qui s’étendent jusqu’aux entrailles de cette terre tourmentée. »

Cette population islandaise est issue de la colonisation scandinave, des Norvégiens du sud-ouest essentiellement, mais aussi des Suédois, Danois, Celtes, etc. Un document – original pour l’époque – nous renseigne savamment : le Landnámabók, le livre de la colonisation.

 

Cet ouvrage aux multiples versions indique que le pays a été abondamment boisé. Ce n’est pas impossible, même si le vent, véritable fléau, empêche la croissance de grands bois et limite la végétation. Cependant, et contrairement à une idée reçue, le pays n’est pas froid.

L’Islande est entourée d’une boucle du Gulf Stream, ce qui fait que les hivers ne sont pas rigoureux. Si le sol est propice à l’élevage, il n’est pas particulièrement fertile. Cela jouera un grand rôle dans la mentalité de ce peuple vigoureux.

 

De 874 à 930, ce mouvement de colonisation met en place un système administratif et juridique qui dénote complètement. Pendant trois siècles et demi, l’Islande indépendante ne sera pour autant ni une république ni une démocratie.


Cette colonisation prendra des allures de Far West. La nature implacable impliquera des traits de caractères aux hommes épris de liberté, indépendants et entreprenants. La vie en Islande est rude, il faut donc s’attendre à un reflet de cette condition sur les mœurs

En marge des sociétés occidentales, ni roi ni prince, mais une classe moyenne se développe dans une oligarchie ploutocratique. Le þing (assemblée saisonnière des hommes libres) permettait de régler les différents dans une société où la connaissance de la loi est primordiale.



« C’est par les lois qu’on édifiera un pays, avait-il sagement déclaré, et c’est par l’illégalité qu’il périra. »


 La Saga de Njáll le brûlé. 

Manuscrit islandais, vers l’an 1350.

Les sagas islandaises (litt. ce qui mérite d’être raconté) vont essaimer en grand nombre. Mais d’où vient cette passion ? Un pays sans histoire doit se forger une identité. L’intérêt pour la généalogie et le culte de la famille également. L’art de conter, sans doute.

Le paysage islandais sera une source d’inspiration pour différents auteurs. Le Snaefellsjökull, volcan islandais endormi depuis près de 2 000 ans, a été décrit au XIXe siècle par Jules Verne, au chapitre XV de Voyage au Centre de la Terre.

Le volcan Hekla, après l’éruption de 1104, sera considérée comme la porte d’entrée de l’Enfer. Cette idée a été portée par les moines cisterciens (cf. De Miraculis, Herbert de Clairvaux).

Des volcans aux glaciers (qui couvrent 11,1 % de la surface terrestre de l’Islande), les conteurs ont puisé dans ce quotidien extraordinaire. Les sagas et ouvrages sont néanmoins des œuvres de clercs lettrés. Snorri Sturluson en sera le meilleur représentant.

L’Islande abrite 32 systèmes volcaniques, comprenant environ 130 volcans actifs et dormants, qui couvrent l’ensemble du territoire, à l’exception des Westfjords, qui ne montrent plus aucune activité volcanique. 18 d’entre eux ont montré une activité et enregistré des éruptions au cours de l’existence du pays. Certains d’entre eux sont considérés comme éteints car ils ne sont pas entrés en éruption depuis plus de 10 000 ans et ne devraient pas le faire dans les années à venir.

Toutes les informations de cet article proviennent de l’ouvrage « L’Islande médiévale » de Régis Boyer aux éditions Guide Belles Lettres.

Photographies : Gunnar Freyr.