Prague, la plus grande opération d’urbanisme du Moyen Âge

David

Le 8 mars 1348, la nouvelle ville de Prague est fondée.

Charles IV, empereur du Saint Empire romain germanique, devait faire face à une forte croissance démographique. Il décide alors un aménagement massif.

Ce fut la plus grande opération d’urbanisme du Moyen Âge. Quatre portes en forme de tour délimitaient l’accès à ce nouveau lieu. Disparues aujourd’hui, les noms de rues témoignent encore de leur existence.

Opération titanesque pour l’époque, les plans de réalisation de la nouvelle ville ont été réalisés sur une vingtaine d’années. Charles IV voulait réunir en un seul ensemble 4 villes pragoises et garantir “la liberté d’y construire des maisons avec des dépendances”. Après une préparation minutieuse, les fortifications gothiques, qui s’étendent sur près de 3,5 km de long, ont compté vingt-quatre tours de défense. Cette construction a été possible en deux ans seulement.

La “Nové Město”, en opposition à l’ancienne ville, voulait régler les problèmes liés à l’exiguïté : la promiscuité et le surpeuplement entrainaient des problèmes d’hygiène. Ainsi, il était nécessaire d’avoir des rues larges et des places amples. Prague était alors la troisième ville d’Europe par sa taille, sa sécurité administrative et économique et ses nombreux lieux de culte.

Les principes de la fondation de la Nové Město signifiaient pour Charles IV, une manifestation palpable de la Jérusalem céleste. Lieu que la mystique médiévale considérait comme la ville idéale, elle prenait une place forte dans l’imaginaire collectif chrétien. Cette intention se traduisit par la disposition réfléchie des places et des édifices ecclésiastiques.

La volonté de Charles était de faire de Prague la capitale du Saint-Empire romain germanique et le centre du gouvernement séculier du monde chrétien. Plus prosaïquement, cet aménagement massif devait régler des problèmes communs à tous les praguois.

Tout d’abord, avec des parcelles plus larges et des règles standards de construction, on diminuait les risques d’incendies, fléau de l’ancienne ville. Le nouveau réseau routier permettait d’avoir une entrée pour le bétail et une autre pour évacuer les bêtes, évitant ainsi la concentration d’air vicié.

Les activités polluantes de la ville ont été progressivement éloignées des bâtiments et des espaces publics importants. Un péage routier a été instauré pour les “véhicules” entrants. Cette nouvelle manne financière permit de paver les routes. La place Charles à Prague, longue de 550 mètres, devint aussi l’une des plus grandes d’Europe centrale.

Toutes ces mesures ont permis de lutter efficacement contre la Peste Noire. Alors qu’elle sévissait partout en Europe, Prague fut épargnée par ce désastre.

Si les rues ont des formes de quadrillage régulier, elle s’adapte pourtant à la morphologie du terrain. Il n’est pas suffisant de rendre une ville agréable, il faut aussi la peupler. Pour ce faire, la fiscalité était généreuse : à condition de l’achat d’une parcelle et d’une construction dans les 18 mois, le citadin était exempté d’impôts pour une durée de 12 ans. Ces conditions favorables ont permis à de nombreux artisans, brasseurs, charrons, forgerons et d’autres encore à venir peupler la Nouvelle Ville. 600 maisons ont été construites lors de la première année. Prague, à cette époque, est devenue trois fois plus grande que Paris.

Charles IV a aussi crée l’Université Charles en toute modestie et un centre d’art. Un monastère bénédictin, une église et aussi le pont de Charles, lui aussi soumis à une taxe de passage pour permettre son entretien. Dispositif pour l’hygiène, infrastructure rénové, centre cultuel et culturel ; une vision très moderne de la cité, et ce il y a presque 700 ans.

À “Nové Město” se trouve aussi une demeure au locataire célèbre : le docteur Faust, subjugué par Méphistophélès. La réalité est plus banale : la maison a appartenu à Edward Kelley, à la fois alchimiste et charlatan anglais, qui fit fortune à la cour de Rodolphe II.

 

En savoir plus

Charles IV and Prague – 700 years

Prague, l’homogénéité contrastée

Prague en quelques jours, Lonely Planet

Prague, la ville dorée, Marie-France Arlon

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