Quand la géographie façonne l’habitat, le cas norvégien

David

Viktor Asztalos

Une histoire de fjords

Cette rivière qui serpente autour du village de Stryn, en Norvège, débouche dans un fjord. Le terme bien connu de fjord est une vallée profonde et étroite d’origine glaciaire, souvent remplie d’eau de mer. Si la cohabitation entre la géographie et la population environnante, notamment en Norvège, nous semble lointaine et confuse, elle recèle pourtant des leçons d’histoire. Une notion toute norvégienne se nomme d’ailleurs l’allemannsretten, ou le droit d’accéder librement à la nature. Bien ancrée dans les mœurs des Norvégiens, cette pratique l’est tout autant dans la législation – et ce en respectant quelques règles de commodité et de respect à autrui.

Emblématiques dans tout le pays, les fjords se trouvent dans des endroits où la glaciation actuelle ou passée s’est étendue sous le niveau actuel de la mer. Un fjord se forme lorsqu’un glacier se retire, après avoir creusé sa vallée typique en forme de U, et que la mer remplit le fond de la vallée. Il en résulte un bras de mer étroit, aux parois abruptes, relié à la mer. Fjord, du norrois “fjörðr”, signifie “der man ferder over” (“où l’on traverse”) ou “å sette over på den andre siden” (“passer de l’autre côté”).

Situés en bordure des grands continents qui ont été recouverts par les calottes glaciaires dans une région donnée, les fjords ont une profondeur de plusieurs centaines de mètres et s’étendent sur des dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres. De nombreuses vallées ont été formées par les glaciers de l’ère glaciaire, lorsque le niveau de la mer était nettement plus bas (100-120 mètres). Vers la fin de chaque période glaciaire, le climat s’est réchauffé et les glaciers ont fondu, élevant le niveau de la mer.

Plusieurs chercheurs se sont intéressés à la formation des fjords norvégiens. Les premières études ne tenaient pas vraiment compte de la nature du substratum rocheux. Certains pensaient que les glaciers n’avaient pas beaucoup d’importance, si ce n’est de surcreuser les fjords, tandis que d’autres pensaient que l’érosion glaciaire était le processus le plus actif dans la formation des fjords et des vallées. D’autres encore attribuent à la fonte des eaux un rôle important dans la formation du paysage des fjords. Comme nous le voyons, il reste quelques pistes de réflexion sur ce phénomène naturel qui aura passionné autant les savants, à l’instar de Michael Sars (1805 – 1869) qui a décrit plus de 200 espèces marines qu’il a collectées dans les fjords locaux, jusqu’aux artistes comme Johan Christian Dahl (1788 – 1857).

 

 

Deux siècles vikings

Les habitants qui vivaient dans des campements répartis dans toute la Scandinavie se trouvaient en principe le long de la mer ou près d’un fjord. Outre les bonnes possibilités de pêche et des accès au transport, la terre y était là plus propice à l’agriculture.  Généralement situées le long de la côte ouest bordée de fjords, les colonies en Norvège étaient gorgées de petit(e)s fermes / villages. Les premiers peuplements apparurent en Norvège 9 000 ans avant notre ère. Cela correspond à la fin de la première période glaciaire.

Les expéditions vikings ont constitué une part importante du peuplement du pays. Amorcés vers les années 800, et pendant plus de 200 ans, les vikings ont pillé de nombreuses régions d’Europe, voyageant sur les navires rapides et taillés pour la navigation en pleine mer. Avant d’être de mener des larcins et de véritables opérations commandos, ce sont avant tout des fermiers, des commerçants et des artisans. Des embarcations décorées et sculptées datant du IXe siècle ont été retrouvées près du fjord d’Oslo, à Oseberg.

Parmi les nombreux sites où l’archéologie tente de démêler le vrai de la légende, on retrouve le tumulus de Borre, dans le sud-est de la Norvège, à proximité du fjord d’Oslo, qui témoigne d’un peuplement important. Néanmoins le plus spectaculaire étant les îles Lofoten qui, jadis, étaient dominées par quelques chefs dits vikings (cf. note en bas d’article) et, de fait, il existe des preuves de colonies dans toutes les îles. L’une d’entre elles est à Borg, sur l’île de Vestvågøy, qui abrite les plus grands vestiges d’ une maison longue de l’ère des expéditions vikings. Derrière les oripeaux de la vieillesse, ces traces d’habitation raconte aussi et surtout une histoire de richesse et de pouvoir.

Il convient de noter que la topographie montagneuse et les nombreux fjords de la Norvège ont posé des défis uniques, notamment pour la construction de ponts. Le Pays du soleil de minuit est connue pour ses ponts suspendus spectaculaires, ses ponts en arc et ses ponts à haubans, qui ont permis de franchir des obstacles naturels difficiles. Certaines ont subsisté à travers le Moyen Age comme en témoignent le Vøienvolden bro à Oslo et le Gamlebyen bro à Fredrikstad.

 

 

 

Les enjeux du XIXe siècle

En Norvège, jusqu’au XIXe siècle, les hameaux/village, bien souvent modestes, ne comptaient pas plus de 15 000 habitants. Progressivement, les habitants ont dû jouer des coudes avec la géographie bien particulière et rude du pays. L’attractivité des différentes sites a permis l’implantation des premières formes de tourisme, à l’image du Stalheim Hotel and Naerdalen. D’abord une ferme postale en 1647, elle s’est transformée en auberge postale et a ouvert ses portes en tant que grand hôtel en 1885.

La population norvégienne a augmenté rapidement au XIXe siècle, passant de seulement 883 000 habitants au début du siècle à 2 millions à la fin. La Norvège a bénéficié d’une croissance du commerce et de l’industrie au XIXe siècle, avec notamment l’essor de l’agriculture et de l’industrie du bois. Les éléments naturels n’ont pas été seulement l’apanage du beau, l’utilisation d’abondantes sources d’eau ont servi à modeler les régions, en installant des barrages ou encore, pour le confort, des centrales d’hydroélectricité. Si les exemples sont pléthoriques, on peut apercevoir dans un photochrome d’époque le processus de construction de l’écluse de Vuangfos, qui fait partie du canal de Telemark, dans le sud de la Norvège, reliant plusieurs longs lacs.

L’une des routes les plus escarpées d’Europe du Nord est le Stalheimskleiva, un tronçon de route d’un kilomètre de long qui serpente à flanc de montagne depuis l’extrémité de la vallée de Nærøydalen jusqu’au sommet de Stalheim. Entre des massifs, des épaulements rocheux et autres anfractuosités qui barrent le chemin, des solutions de contournement ou simplement des ponts ont été envisagés. Un exemple emblématique de cette époque est le pont Skansen, situé à Trondheim. Construit en 1854, il est considéré comme l’un des premiers ponts en fer forgé de Norvège ; réalisé en arc en treillis et constitué de poutres en fer reliées par des rivets, il a été conçu par l’ingénieur norvégien Wilhelm von Hanno et représente un jalon important dans l’histoire de la construction des ponts en Norvège.

Au XIXe siècle, la vie en Norvège était rude pour le commun. Gouvernée alors par la Suède, plus d’un million de Norvégiens ont émigré aux États-Unis entre 1820 et 1920, le taux le plus élevé de tous les pays, hormis l’Irlande. Mais en ce siècle décidément très actif, es ferries ont joué un rôle important dans le développement de la Norvège. Ils ont permis de relier les différentes régions du pays, qui étaient souvent séparées par des montagnes et des fjords. Pays rural et isolé, les communications étaient difficiles, sans possibilité de se déplacer d’une région à l’autre sans passer par la mer. Les ferries ont permis de résoudre ce problème en offrant un moyen de transport fiable et abordable. L’introduction de la vapeur et de la propulsion diesel, ces innovations ont permis de rendre les ferries plus rapides et plus sûrs. L’émergence de nouvelles technologies ont amené des sources de pollution inédites dans ces régions, et ce encore aujourd’hui. Si la question du défi écologique est toujours d’actualité, elle est désormais abordée sous l’angle des solutions plutôt que des interdits et des introspections.

 

 

Sources et références

– Informations : Université de Bergen

– Photochromes : musée numérique du Romsdal et site du Bibliothèque du Congrès américain.

– Photographies Fjord .com et LifeInNorway.

– Article L’allemannsretten ou le droit d’accéder librement à la nature

 

 

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