Quel regard porter sur Churchill en 2024 ?

David

Quel regard porter sur Churchill en 2024 ?

Autre temps, autres mœurs

Les larmes, le labeur, la sueur et le sang ont été annoncés comme programme aux Britanniques en 1940. Leur résistance fut exemplaire.

Le 24 janvier 1965, cinquante-neuf ans après sa mort, les louages sont désormais contestés. Qu’en est-il alors de cette campagne visant à saper celui qui a tenu bon face aux boulets et à la mitraille du nazisme ? L’homme au cigare n’est évidemment pas blanc comme neige, et c’est dans le diable que ressortent les détails.

Si vous poussez la porte de la Maison Blanche aux États-Unis, au cœur du bureau ovale, vous y trouverez – en autres – le buste de Martin Luther King, de Rosa Parks et, au gré des alternances présidentielles, celui de Winston Churchill. L’insigne honneur n’est pas de pourpre comme jadis les empereurs romains, il n’en demeure pas moins une preuve de respect qui tient sur la durée. Mais pour combien de temps encore ?

Récemment, un candidat malheureux à la primaire républicaine s’est même fendu d’une (prétendue) citation sur Churchill, en se trompant lourdement d’ailleurs. Qu’à cela ne tienne, l’homme du 10 Downing Street reste une balise qui flotte dans un océan déchaîné, ballotté de gauche à droite, vitupérant, s’il en avait la possibilité.

Contexte d'une époque révolue

Et pourtant, souillée sa statue à Westminster ; c’est l’arrogance britannique d’une époque qui est attaquée, nous disent les détracteurs. Si on creuse profondément dans la terre, on trouve toujours un pépin. En effet, Winston Churchill a exprimé sa sympathie pour la théorie de la conspiration du bolchevisme juif dans les années 1920. Et, comme secrétaire d’État, il a ordonné à la Royal Air Force d’utiliser du gaz toxique contre les rebelles kurdes dans le nord de l’Irak, afin de récupérer ses troupes au sol et de maintenir une pression sur le territoire.

Coupable ? Le jugement est probablement inique. Peut-être est-il plus que jamais nécessaire de donner des leçons d’histoire, pour éviter d’appliquer béatement des événements passés sans recontextualiser. Mais même l’argument présent est dénoncé. La génération qui vient applique à la lettre un gloubi-boulga dans un fourre-tout accessible au premier clic venu. La fée numérique dispense à tous ses utilisateurs le droit de dire tout et son contraire.

« En Angleterre, tout est permis, sauf ce qui est interdit. En Allemagne, tout est interdit, sauf ce qui est permis. En France, tout est permis, même ce qui est interdit. En U.R.S.S., tout est interdit, même ce qui est permis ». Si une bonne moitié de la citation de Churchill est encore applicable, les interdits ont finalement par se mélanger avec les permissions, pour le meilleur et le pire.

Un point définitif

Autrefois, dans la Florence de Savonarole en Italie, le moine envoyait des enfants dans chaque quartier pour houspiller les riverains et les mettre à trembler sous une terreur divine imminente. On détruisait des statuaires à tour de bras et des autodafés étaient monnaie courante. Les statues, elles, sont dures comme le bronze pour se permettre d’oublier l’affront. Quant aux livres, évitons de les brûler. Lisons, par exemple, l’ouvrage d’Andrew Roberts sur Churchill.

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