Sven Hedin : affronter le Taklamakan

À la fin du XIXe siècle, le désert du Taklamakan devient très convoité. Les ruines d’une civilisation bouddhique oubliée poussent à une chasse aux vestiges.

Au départ

Inconnu de nos jours, Sven Hedin (1865-1952) fut considéré comme le plus grand géographe de son temps.

Pourtant, son nom reste indélébilement associé au Transhimalaya, une vaste chaîne de montagnes du plateau tibétain qu’il parcoure en 1927 et 1935.

Premiers pas

Et de fait, l’homme qui ne paie pas de mine est un globe-trotteur de l’extrême.

Présent en Asie centrale dès l’âge de 25 ans, Hedin a voyagé dans plus de 50 pays, dont la Chine, la Mongolie, le Tibet, etc. Il a cartographié de vastes zones, contribuant à la connaissance de cette région.

De tous les côtés, de la surface ondulée du désert émergent des vestiges d’habitations admirablement conservés. Nous avançons, et d’autres ruines apparaissent encore. Les mythes légendaires des indigènes deviennent une réalité ; un passé vieux de dix siècles renaît devant nous.
Sven Hedin
(p. 112-113, Chapitre 5, “Seconde traversée du Taklamakan. (…)”)

L'ère des Européens

La grandeur d’une époque passée se conjugue bien souvent avec de fausses légendes. Mais le long des dunes du Grand-Ouest chinois, les histoires d’une cité engloutie sous le sable fascinent. Archéologues, photographes et autres spécialistes s’y bousculent.

La Chine mystérieuse

En avril 1895, le Suédois Sven hedin se décide à explorer l’indomptable désert du Taklamakan. Il souhaite le traverser d’ouest en est. Pour cela, il quitte Kashgar (en Chine) avec un guide, deux chameliers et son domestique, Islam Bai.

Au cœur d'une rivalité politique entre notamment l'Angleterre et la Russie, les "pundits" - agents de l'armée des Indes - sont déguisés en pèlerins bouddhiques pour cartographier les lieux. Le Takamaklan est encore mal connu. Vent debout, Sven veut être le premier à le parcourir.

Malheureusement, au bout de 15 jours, Sven se rend compte que ses hommes n'ont pas rempli les outres au dernier puits. Il ne le reste ainsi que 2 jours d'eau potable sous la main. La soif devient vite un problème.

Le guide Yolchi vole de l'eau, et Sven boit de l'alcool à brûler du réchaud. Il en restera paralyser plusieurs heures. Abandonné, il arrivera, cependant, à rejoindre ses camarades. Deux hommes décèdent après avoir bu de l'urine de chameau. Les bêtes, elles, meurent d'épuisement.

Il ne reste plus que Sven Hedin, Islam Bai et un chamelier du nom de Kasim. Pour se protéger de la chaleur, ils s’enterrent la journée et progressent dans la fraîcheur de la nuit. Islam Bai ne parvient plus à avancer, le deux survivants sont obligés de le laisser à son sort.

Les deux hommes finissent par se perdre de vue, mais retrouvent leurs propres traces. Ils tournent en rond. Après 5 jours insoutenables sans eau potable, Sven et Kasim aperçoivent une forêt qui borde la rivière Khotan.

Complètement épuisé, Sven rampe jusque la rivière et ramène de l’eau pour Kasim, ce dernier était effondré sous un tamaris (arbrisseau), un petit arbre ou arbuste du désert. La chance revient. Ils sont secourus par des bergers et apprennent qu’Islam Bai a lui aussi pu être sauvé.

Du sommet d’une dune, encore une fois nous examinons avec attention l’horizon. Pas la moindre tache sombre dans cette immensité jaune ! Pas un tamaris en vue ! Toujours la mer de sable infinie, gonflée de hautes ondulations rigides.
Sven Hedin
(p. 58, Chapitre 2, “A travers le Taklamakan. (…)”)

Géographe et explorateur

Malgré cet incident qui lui a presque coûté la vie, Sven Hedin poursuivra sa carrière. Deux ans plus tard, en 1899 , Hedin effectua un autre voyage dans la région de Lop Nor. Il visita également le Tibet et, déguisé en moine bouddhiste , tenta d’atteindre Lhassa , mais fut arrêté. Une tentative de voyage vers le sud à travers le Tibet jusqu’en Inde a également échoué. Cependant, la route sur laquelle il fut renvoyé se dirigeait vers l’ouest, à travers les hauts plateaux tibétains jusqu’à Leh , dont une grande partie était encore un territoire inconnu à l’ouest.

En 1906-1908, Hedin se rendit de nouveau au Tibet. Il a visité plusieurs sites sacrés, tels que le monastère tibétain du neuvième Pänchen Lama , Tashilhunpo , le lac Manasarowar et le mont Kailash , et a cartographié la zone au nord du Tsangpo . Avec ce voyage les dernières grandes taches blanches disparurent de la carte du Tibet.

Hedin s’est rendu en Russie 16 fois, mais se méfiait beaucoup de ce pays. De 1927 à 1933, Hedin dirigea une expédition sino-suédoise à grande échelle au Turkestan chinois . Son dernier voyage en 1933-1935 visait à explorer la partie orientale (chinoise) de la Route de la Soie.

Honneurs et disgrâce

Au cours des années suivantes, Sven Hedin a subi de graves atteintes à sa réputation en raison de ses sympathies pour l’Allemagne nazie . Il rencontra Adolf Hitler pour la première fois en 1935 et prononça un discours lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’été de 1936 à Berlin. Les dirigeants allemands l’ont comblé de prix et d’honneurs pour le garder fidèle. Cependant, il n’est pas resté indifférent à la situation catastrophique de la guerre en Europe et a tenté à plusieurs reprises de convaincre les nazis de s’abstenir de toute action antireligieuse et antisémite. Après la Seconde Guerre mondiale, il annonça que grâce à son insistance, d’innombrables victimes avaient été sauvées de l’exécution ou de la déportation vers les camps de la mort.

En savoir plus

– Livre “Through Asia” où Hedin raconte son périple. Ce récit est à prendre avec des pincettes, notamment sur l’oubli de l’eau, car il en est peut-être le responsable.

Arcgis, L’archéologie, science du XIXe siècle

Inrap, Histoire de l’archéologie